Matières résiduelles
La tendance au Québec
La gestion des matières résiduelles au Québec repose sur une hiérarchie d’actions qui privilégie la réduction à la source et le réemploi, suivis du recyclage, de la valorisation et, en dernier recours, de l’élimination par enfouissement ou incinération. Cette approche est au cœur de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles, mise en œuvre par le gouvernement du Québec et RECYC-QUÉBEC. Selon le 15e Bilan de la gestion des matières résiduelles, la quantité de déchets éliminés est passée de 719 kg par habitant en 2021 à 685 kg en 2023, soit une diminution d’environ 5 %, mais demeure encore supérieure à l’objectif provincial de 525 kg par habitant par année.
Certaines avancées sont observées dans la récupération et la valorisation. En 2023, plus de 2,9 millions de tonnes de matières organiques ont été valorisées au Québec, et le taux de recyclage des matières organiques dans les industries, commerces et institutions (ICI) a atteint 64 %, dépassant l’objectif de 60 %. Les systèmes de récupération progressent également : le taux de récupération des contenants consignés a atteint 65 % en 2023, en hausse de 18 % depuis 2021.
Malgré ces progrès, les matières encore éliminées demeurent largement valorisables : les matières recyclables représentent 29 % des déchets éliminés, suivies des résidus de construction, rénovation et démolition (26 %) et des matières organiques (25 %).
Réforme de la collecte sélective
La réforme de la collecte sélective au Québec découle d’une modernisation amorcée en 2022 et mise en œuvre progressivement jusqu’à l’entrée en vigueur du système en 2025. Elle transfère la responsabilité de la collecte, du tri et du recyclage des matières des municipalités vers les producteurs, selon le principe de responsabilité élargie des producteurs.
Un organisme de gestion désigné (OGD), Éco Entreprises Québec, coordonne désormais ce système à l’échelle provinciale avec des objectifs de performance et une uniformisation des consignes de tri. Dans ce contexte, la campagne Bac Impact, lancée en 2024, vise à accompagner la réforme en sensibilisant les citoyens au bon geste de tri et en simplifiant les règles :
- contenants
- emballages
- imprimés
Cette campagne joue un rôle clé pour améliorer la qualité des matières récupérées et soutenir la transition vers une économie circulaire.
Réforme de la consigne
La réforme de la consigne au Québec, adoptée en 2022, modernise le système avec un déploiement progressif depuis 2023 et une expansion majeure en mars 2025 à la plupart des contenants de boissons prêts-à-boire de 100 ml à 2 L. Elle est mise en œuvre par Consignaction, l’organisme de gestion désigné (OGD) qui coordonne le réseau de récupération, incluant des lieux de retour automatisés et des points de dépôt à travers le Québec.
En Mauricie, une première série d’environ 5 centres Consignaction (3 à Trois-Rivières et 2 à Shawinigan) est déjà en place, en complément des nombreux lieux de retour chez les détaillants (ex. épicerie), dans le cadre du déploiement progressif du réseau québécois.
Les montants de consigne sont désormais uniformisés :
- 0,10 $ pour les contenants de 100 ml à 500 ml
- 0,25 $ pour ceux de 500 ml à 2 L
Initialement prévue en même temps que les autres matières, l’intégration des contenants de verre a été reportée à mars 2027, notamment pour permettre la mise en place d’infrastructures adaptées.
Recyclage du verre
Le recyclage du verre au Québec a connu des avancées importantes, avec près de 200 000 tonnes de verre générées annuellement, dont une part encore significative transite par la collecte sélective, où la qualité des matières demeure un enjeu.
Le Groupe Bellemare, via sa filiale SDF Abrasif, joue un rôle central en tant que principal conditionneur du verre issu du bac bleu, en partenariat avec Éco Entreprises Québec (ÉEQ), l’organisme de gestion désigné (OGD) responsable de la collecte sélective. Contrairement à d’autres acteurs plus spécialisés, Groupe Bellemare valorise toutes les granulométries du verre (du verre entier à la poudre) en divers produits comme des ajouts cimentaires, abrasifs pour sablage, médias de filtration, laine minérale ou verre cellulaire.
Malgré une capacité de valorisation désormais complète, des défis persistent, notamment la contamination du verre dans le bac bleu, les coûts de transport en région et le faible recyclage du verre provenant des secteurs ICI.
La Route du verre en Mauricie repose sur un réseau d’environ une vingtaine de cloches de dépôt, permettant de récupérer un verre propre à la source et d’en améliorer la qualité, une stratégie particulièrement pertinente dans un contexte où moins de 30 % sont recyclées, alors que certains points de dépôt locaux permettent déjà de capter plusieurs tonnes de verre par semaine.
Les activités de Groupe Bellemare en Mauricie s’accompagnent de défis de cohabitation avec le voisinage, ayant donné lieu à des plaintes citoyennes et à un litige judiciaire avec la Ville de Trois-Rivières afin de clarifier les droits acquis liés à l’expansion de ses installations de tri du verre.
Matière organique
La collecte des matières organiques par bac brun constitue un levier important pour détourner ces matières de l’enfouissement. Au Québec, les matières organiques représentent encore près de 50 % du contenu des poubelles, alors que moins du tiers est actuellement valorisé.
En Mauricie, la collecte a été déployée à l’échelle régionale avec la distribution des bacs bruns, à partir de 2023, avec une implantation progressive jusqu’en 2024 sous la coordination d’Énercycle, en cohérence avec l’objectif gouvernemental de bannir leur enfouissement d’ici 2030.
La participation varie toutefois selon les saisons : à Trois-Rivières, environ 75 % des ménages utilisent le bac brun en été, contre 40 % en hiver, pour des matières composées d’environ 60 % de résidus alimentaires et 40 % de résidus verts.
La région est actuellement en transition vers une plus grande autonomie en matière de traitement. En attendant que l’usine de biométhanisation sèche qui est en construction à Saint-Étienne-des-Grès, les matières organiques sont transbordées et acheminées à l’extérieur de la région.
En parallèle, l’usine de traitement des biogaz Waga Energy permet déjà de transformer ce qui est issu de lieu d’enfouissement en gaz naturel renouvelable qui est ensuite injecté dans le réseau d’Énergir. Les deux usines – biométhanisation et traitement des biogaz – seront connectées, ce qui aura pour effet d’augmenter significativement la production d’une énergie renouvelable.
Les lieux d’enfouissement techniques de la Mauricie
En Mauricie, la gestion des matières résiduelles est coordonnée par Énercycle, une régie intermunicipale regroupant 37 municipalités. La région s’appuie notamment sur deux lieux d’enfouissement techniques (LET). Le LET de Saint-Étienne-des-Grès, principal site d’élimination régional, peut recevoir 200 000 tonnes de matières résiduelles par année. Ce LET arrivera à pleine capacité en 2031 après près de 30 ans d’activité. Énercycle prépare sa demande d’agrandissement pour la phase 2 du LET, pour prolonger ses activités pendant encore 25 ans. Le MELCCFP analyse la demande et il est raisonnable de se préparer à une enquête du BAPE en 2027.
La région dispose également du LET de Champlain, propriété d’Énercycle et exploité par Matrec. Le site possède une capacité d’enfouissement d’environ 150 000 tonnes par année, à laquelle s’ajoute une cellule dédiée aux poussières fines de résidus de construction, rénovation et démolition (CRD) pouvant recevoir environ 100 000 tonnes par année. Le biogaz produit y est partiellement valorisé : environ 75 à 80 % est brûlé à la torchère, tandis que le reste est utilisé localement par certaines installations industrielles et pour le traitement des eaux du site. En 2024, le MELCCFP a autorisé l’agrandissement du LET pour prolonger ses activités de 20 ans. Ce sont 10 nouvelles cellules qui pourront être créées pour les résidus domestiques et 7 cellules pour les fines de CRD.
Perspective québécoise des LET
Au Québec, la capacité des lieux d’enfouissement technique (LET) approche d’un point critique. Selon le rapport du BAPE générique sur les résidus ultimes (2023), plusieurs sites atteindront leur pleine capacité d’ici 2030 à 2040, dans un contexte où une grande partie des matières éliminées est concentrée dans un nombre limité d’installations. Cette dépendance fragilise le système et augmente les risques liés à la fermeture ou au refus d’agrandissement de certains sites.
Sans changement majeur, le Québec devra ouvrir de nouveaux lieux d’enfouissement ou agrandir ceux existants, des projets qui suscitent déjà une forte opposition dans plusieurs communautés. La gestion des résidus ultimes devient ainsi un enjeu de société, où se confrontent besoins collectifs, acceptabilité sociale et impacts environnementaux.
Autrement dit, continuer à enfouir au même rythme revient à repousser un problème de plus en plus difficile à accepter, à localiser et à gérer collectivement.
